Le nouveau film d'Alejandro González Inárritu fait désormais partie du Panthéon de mes films préférés, retour sur l'un des meilleurs films de ces dernières années.

 

Au départ, je ne me suis pas trop intéressée à Birdman, ce n'est qu'au moment des nominations pour les Golden Globes, les Baftas et les Oscars que j'ai remarqué que ce film avait sans doute un intérêt. Et je comprends aussi maintenant pourquoi Emmanuel Lubezki a obtenu le BAFTA et l'Oscar de la meilleure photographie. 

 

Il faut dire que le film possède une certaine esthétique avec ses longs plans-séquences dont on n'arriverait pas à déterminer où il commence et où ils finissent sans ces petites ellipses qui nous font dire que ça y est, ceci est un autre plan-séquence. On pourrait presque dire que Birdman est un long plan-séquence si on enlève les quelques plans du début et de la fin. 

 

Les mouvements sont fluides, même si tout est filmé d'une seule traite on peut observer un bon travail au niveau du cadre, avec des plans moyen qui passent à des plans rapprochés épaules au moyen d'un travelling avant ou de plans rapprochés à des gros plans avec des pano-travellings...et cela place le spectateur dans le film. 

 

Il y a également du travail au point de vue de la profondeur de champ et je trouve que cela peut être considéré comme une prouesse technique car filmer pendant plusieurs minutes en faisant la mise au point, en variant les valeurs de cadre et en faisant en sorte que le spectateur se sente au plus proche des personnages n'est pas chose aisée.

 

On peut aussi remarquer qu' Inárritu développe la question du point de vue. Celui-ci est par moment subjectif, on se retrouve à la place d'un des protagonistes, lorsque la caméra suit un personnage par exemple et que le spectateur a l'impression que c'est lui que les autres personnages regardent. Cette impression est brisé avec l'arrivée du personnage observé dans le champ de la caméra. La plupart du temps, le point de vue est objectif et on a la sensation de vivre l'instant au côté des personnages mais on rentre aussi souvent dans la tête de Riggan, lorsque celui-ci est dans sa loge et qu'il entend la voix du Birdman par exemple ou bien lorsqu'il imagine (ou pas) qu'il vole ou qu'il a des pouvoirs de télékinésie. 

 

Ce raisonnement soulève une autre question, celle du réel. En effet, il est difficile, à la sortie du film, de déterminer ce qui est réel et ce qui ne l'est pas dans le quotidien de cet acteur déchu : est-ce qu'il possède des pouvoirs et, par conséquent, est-il un super-héros? Ou bien est-il juste un homme qui s'enferme dans son monde et se laisse dominer par le fantôme du personnage qui lui a fait connaître son heure de gloire, le rendant par la même occasion un peu fou? Autant de questions qui restent en suspens, tout du moins le temps que je revois le film et trouve, peut-être, une des clés de lecture du film. La fin ouverte laisse le spectateur scotché, on attend quelque chose, un petit plus qui nous permet de savoir ce qu'il se passe. Bien sûr, si mon anglais était meilleur, j'aurais sans doute compris la phrase que l'on peut entendre à la toute fin du générique, tout au long duquel on peut par ailleurs entendre des bruits de la rue (voix, véhicules....) mais la dernière phrase doit être importante et peut sans doute changer le sens de la scène finale.

 

Bon je ne vais pas faire l'impasse sur l'humour qui transparaît dans certaines scènes, notamment dans les dialogues avec un certain cynisme et humour noir :

 

Lesley: Mike a essayé de me violer sur scène

Laura: Oh c'est tellement excitant!

 

Ou bien lorsqu'il y a un discours sérieux entre Riggan et son agent, Zach Galifianakis, qui nous montre ici son talent dans un rôle un peu plus sérieux que celui des Very Bad Trip, et que ce dialogue finit sur quelque chose qui n'a aucun rapport et qui fait sourire.

 

La scène la plus mémorable de Birdman, pour moi, est celle où Michael Keaton est en slip dans les rues de Broadway. Elle est tout simplement drôle et montre que tourner au milieu d'une foule réelle (cette scène a été longuement préparée et le jour du tournage, l'équipe a fait appel à une fanfare pour attirer la foule et éviter que les gens regardent la caméra, le blocage de la rue étant impossible et Inárritu ne voulait pas recourir à une reconstitution en studio) rend la scène beaucoup plus crédible et permet de voir qu'un acteur est prêt à tout pour la réussite du film (eh oui, avoir un acteur qui se met en slip pour une scène dans la rue ça ne doit pas, sans jeu de mots, courir les rues!).

 

Signalons également l'excellent jeu d'acteur de Michael Keaton qui sort de l'ombre avec ce rôle, qui va lui permettre de retrouver son ancienne gloire, un peu comme son personnage dans Birdman, qui n'est pas sans rappeler le parcours de Keaton, connu pour son rôle dans Beetlejuice et dans deux volets de la saga Batman. Je l'avais aimé dans Beetlejuice, je l'ai adoré dans Birdman.

 

Edward Norton, que nous avons pu voir l'année dernière dans le film oscarisé de Wes Anderson The Grand Budapest Hôtel, apparaît ici en acteur déjanté qui a sa façon de travailler, que cela plaise ou non aux autres. La scène de l'affrontement avec Riggan place Mike, le personnage de Norton, dans une situation inconfortable (dans tous les sens du terme).

 

Inárritu dévoile également l'envers du décor dans Birdman, en montrant les coulisses du théâtre et la relation qu'il peut exister entre les comédiens mais aussi en dénonçant certains rédacteurs de critiques qui, d'après les paroles du personnage de Mlle Dickinson, s'ils n'aiment pas un comédien ou ce qu'il représente, même si sa création est bonne, ne le récompenseront pas par un bon avis, d'où aussi un moyen de montrer que l'avis est subjectif et que chacun doit se faire sa propre opinion.

 

Après l'avoir vu, on comprend pourquoi Birdman a reçu le prestigieux Oscar du meilleur film, avec sa technique au point et son histoire intrigante. Alejandro González Inárritu livre ici un récit qui mêle la fiction à la réalité et qui nous permet de sortir du quotidien, en passant deux heures au côté de l'extravagant Riggan Thomson.

Birdman