Jojo Rabbit

28/01/2020

Avec Jojo Rabbit, l'acteur-réalisateur Taika Waititi offre une parenthèse satirique entre deux films super-héroïques (Thor Ragnarok et Thor: Love and Thunder). Récompensé à de multiples reprises et avec six nominations aux Oscars, Jojo Rabbit s'avère être un film réussi et redoutablement efficace. 

Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l'épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu'imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle

La force du film réside dans son histoire qui mêle habilement l'humour, la fantaisie et un ton sérieux, ce qui semble bien fonctionner en partie par le fait que c'est le point de vue d'un enfant qui est adopté. 

 

Le personnage de Jojo regroupe en lui-même les différents registres évoqués : l'humour car il ne connaît pas encore tout, sa vision de la communauté juive, les clichés qu'il en a le montrent, et il cherche à se comporter en adulte, ce qui peut le rendre ridicule ; la fantaisie car il a une imagination débordante dont l'aboutissement suprême est sans doute la licorne qui semble être le mets préféré de Hitler et le sérieux car il a des préoccupations d'adultes comme le lui fait remarquer sa mère : "Tu grandis trop vite. Un enfant ne devrait pas se soucier de guerre ou de politique. Il devrait s'amuser [...]"

Bien évidemment, ce personnage ne serait pas aussi intéressant et sympathique sans l'interprétation du jeune acteur prometteur Roman Griffin Davis. Le film bénéficie d'ailleurs d'une belle galerie de personnages tous très bien interprété. Les duo que forment Roman Griffin Davis avec Scarlett Johansson et Thomasin McKenzie fonctionnent à merveille. Taika Waititi est quant à lui parfait dans le rôle de cet Hitler imaginaire ami de Jojo.

 

On regrette de ne pas voir plus Alfie Allen, dont le personnage (Finkel) trop peu exploité et qui reste dans l'ombre de celui de Sam Rockwell (Capitaine Klenzendorf). A noter aussi la performance de Stephen Merchant, relativement courte mais marquante dans le rôle du chef Capitaine Deertz, chef d'un groupe de la Gestapo. Son personnage fait froid dans le dos et, bien que l'humour soit présent dans la séquence où il apparaît, c'est bien un ton plus sérieux qui est en train de prendre place.

 

C'est d'ailleurs cette gradation qui fait de Jojo Rabbit un film réussi car si le ton est plutôt comique au début, avec quelques touches plus sombres, il y a un changement au fur et à mesure que le film avance, avec un basculement vers un ton plus sérieux, plus dramatique qui passe aussi bien par le scénario que par la musique. Taika Waititi nous embarque dans son histoire par le rire pour mieux surprendre et mieux percuter le spectateur par la suite.

 

La mise en scène fluide aide beaucoup à l'immersion dans l'univers du film et on ne peut que saluer le talent de Waititi en tant que metteur en scène qui propose plusieurs plans marquants, d'autant plus qu'il joue avec les codes de différents genre filmiques Ceci donne notamment lieu à une séquence "horrifique" aussi bien dans sa mise en scène que dans les choix opérés pour le morceau musicale de la bande originale qui accompagne ce passage. Si au premier abord les choix de réalisation pour cette scène peuvent étonner, ils trouvent leur sens vu le contexte et le point de vue adopté. 

Jojo Rabbit est un film qui touche, qui fait réfléchir et, à l'image du héros, dont on peut sortir grandit. Un film dont on a bien besoin en ce moment et qui est un véritable hymne à la paix et à la tolérance.