La forme de l'eau

Honoré par quatre oscars dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film, La forme de l’eau de Guillermo del Toro n’a pas volé ses récompenses. Un grand film sur la compréhension et la communication au sein d’un monde froid où l’humain est un monstre sans limites.

Elisa Esposito, une femme muette, est employée dans un laboratoire gouvernemental. Un jour, une mystérieuse créature aquatique est amenée dans le laboratoire par un homme froid, Richard Strickland. Elisa et la créature commence à cohabiter mais la créature est en danger et Elisa veut faire tout ce qu’elle peut pour la sauver.

Le charme et la force de La forme de l’eau passent notamment par une photographie à couper  le souffle. Les séquences aquatiques sont réalisées d’une manière telle que nous nous sentons  à l’aise, nous n’avons pas ce sentiment d’oppression qui peut parfois nous étouffer. Par ailleurs, l’utilisation de la lumière et des contrastes dans certaines séquences est saisissant, à l’image de cette séquence à la fin du film avec Strickland (Michael Shannon) et Hoffstetler (Michael Stuhlbarg).

La scène d’introduction est magnifique, très bien ponctuée par la musique et le sifflement léger du frenchie Alexandre Desplat qui nous plonge d’emblée dans cette histoire aux aspects de conte magique et cruel. 

En effet, la créature aquatique est attachante, les maquillages et costumes de l’acteur sont impeccables et donnent un rendu parfait. Son duo avec Elisa Esposito, jouée par Sally Hawkins qui est livre ici une très belle prestation, a tout pour emporter le spectateur dans cet univers onirique. Leur incapacité à bien se faire comprendre par les autres en fait des êtres similaires, peu considérés par les autres hormis par des amis proches. Mais l’être humain n’est pas toujours aussi sympathique et le personnage de Michael Shannon (Strickland) en témoigne. Une prestation réussie qui arrive à nous glacer le sang à chaque fois qu’il apparaît à l’écran.

Guillermo del Toro parvient à faire de La forme de l’eau un grand film grâce aux prestations de ses acteurs mais aussi grâce au talent par lequel il mêle la peur, la curiosité, on a envie d’en savoir plus sur cette créature, on est comme le personnage d’Elisa, le fantastique et l’humour. En effet, même si le film est marqué par un ton sombre et une ambiance froide, comme en témoigne les couleurs ternes et grises du centre où travail Elisa, on apprécie quelques secondes de répits avec des touches d’humour bienvenues, avec notamment l’attitude de la créature aquatique ou un message en langue des signes qu’adresse Elisa à Strickland.

Par ailleurs, le film n’est pas non plus sans critique de certains faits avec le rappel de tout ce qu’il y a dans les années 1950 et 1960 par rapport aux communautés noires, le rejet de ceux qui étaient soi-disant différents et le parallèle entre Américains et Soviétiques qui, au final, ont des points communs : leur point de vue quant à la créature, si tant est qu’il diffère un peu, finit sur une même idée, la tuer. Comme quoi, nous ne sommes pas si différents que ça les uns des autres.

La forme de l’eau est probablement l’un des films les plus poétiques et les plus beaux de cette année, un chef-d’œuvre de Guillermo del Toro dont le talent était déjà connu mais que ce film a propulsé encore plus haut.