La Nuée
Festival International du Film Fantastique de Gérardmer - 01/02/2021

Sélectionné à la Semaine de la Critique Cannes 2020, La Nuée, premier long métrage de Just Philippot, est un film français qui mêle le drame social avec le fantastique pour donner lieu à une œuvre réussie.

Difficile pour Virginie de concilier sa vie d’agricultrice avec celle de mère célibataire. Pour sauver sa ferme de la faillite, elle se lance à corps perdu dans le business des sauterelles comestibles. Mais peu à peu, ses enfants ne la reconnaissent plus : Virginie semble développer un étrange lien obsessionnel avec ses sauterelles...

La Nuée est un film pleinement inscrit dans l'ère du temps, aussi bien en tant que film de genre se déroulant dans un univers rural, sous-genre qui se développe de plus en plus ces dernières années, que dans l'activité qu'il représente, en l'occurrence l'élevage de sauterelles.

 

Dans un monde qui s'interroge sur les nouvelles manières de consommer pour que cela soit plus "équitable", le film propose une image certes exacerbée mais néanmoins représentative des pratiques mises en place par les éleveur dans un souci de rentabilité. 

En cela, le film est intéressant dans le traitement des personnages et de leur particularité, notamment dans le cas de Virginie, magnifiquement interprétée par Suliane Brahim, et de sa fille Laura, de ne pas être appréciables mais de ne pas être détestables non plus. Si le spectateur peut trouver certaines actions dures ou cruelles, il ne peut également s'empêcher de reconnaître que, dans certains cas, il n'y a pas d'autres solutions envisageables. 

Par ailleurs, bien que La Nuée soit bien un film fantastique, la mise en scène et les scènes durant la première heure de film tendent plutôt vers le drame et sont marquées par un réalisme fort, ce qui rend le tout d'autant plus effrayant. 

Cependant, le fait que le film oscille entre le drame et le fantastique dans un premier temps ne permet pas d'éviter quelques longueurs. Certains passages auraient pu être raccourcis et il est vrai que certaines scènes ne semblent pas essentielles au vu de la suite du film.

 

Malgré cela, la plupart des moments un peu longs permettent de mettre peu à peu en place une ambiance pesante et font monter la tension graduellement jusqu'à une deuxième partie du film où le rythme s'accélère un peu trop rapidement pour arriver à un final glaçant.

Le travail autour du son et l'alternance habile entre les sons diégétiques, les passages silencieux et la bande originale, une belle composition signée Vincent Cahay, contribue à donner une atmosphère particulière. 

Par ailleurs, Just Philippot développe sa mise en scène autour de l'idée de suggestion plutôt que de monstration et dose avec parcimonie les passages explicites, qui sont somme toute relativement légers et conviennent à un public non averti. Le film parvient à marquer les esprits au travers de plusieurs plans suffisamment évocateurs tels que celui où Virginie est dans une des serres au milieu des sauterelles et que sa fille la surprend.

La Nuée n'est pas un film qui laisse indifférent et éveille chez le spectateur diverses sensations. Regarder ce premier long métrage de Just Philippot, ce n'est pas seulement voir un film mais vivre une expérience fantastique particulière.