La Planète des Singes : Suprématie

Un film doit nous emporter, nous faire vibrer avec les personnages et nous faire passer par différentes émotions le temps d'une heure ou deux voire plus afin de s'approcher de l'excellence. Le troisième volet du préquel de La Planète des Singes réunit tous ces ingrédients et une pépite, un diamant brut qui nous éclaire pendant 2h30 et  qui fait de ce blockbuster l'un des meilleurs films de l'année. 

 

César, leader des Singes, doit protéger les siens face à une menace de plus en plus grande :le Colonel et ses troupes qui ne cherchent qu'une chose : éliminer les singes. Les enjeux de la lutte entre singes et humains n'est plus la simple survie mais va déterminer l'avenir de la planète et qui y régnera en maître. 

 

Les premières minutes donnent le ton de La Planète des Singes : Suprématie, plus sombre et dramatique que les précédents films,  il n'en reste pas moins efficace et donne une véritable leçon de vie. Faut-il se laisser guider par une vengeance personnelle et risquer sa vie et celle des autres ou accepter de ne pas laisser libre cours à sa fureur ? Faut-il tout de suite considérer l'ennemi comme tel ou tenter de le comprendre pour permettre la cohabitation ? Ce sont là quelques questions que pose ce film et qui lui donne une dimension réaliste. Ceci se voit au travers des combats que mène César : un combat contre les hommes et un combat intérieur qui risque de le mener à sa perte. 

 

Le film entre en profondeur dans les personnages, chacun est correctement exploité, à un vrai rôle à jouer dans l'histoire et aucun n'est laissé de côté. On découvre de nouvelles facettes aux personnages présents depuis le début : César, interprété une nouvelle fois avec brio par Andy Serkis, en a assez de cette guerre, on le sent fatigué, cherchant une paix intérieure et parfois hésitant entre sa volonté personnelle et sa volonté de protéger son espèce. Maurice (Karin Konoval) est toujours là pour aider César, c'est la voix de la raison, de la sagesse. 

Quant aux nouveaux, le Colonel, joué par un Woody Harrelson glaçant, est un antagoniste parfait pour César, qui est un peu son double sombre : chacun lutte pour sauver son espèce mais, contrairement à César, le Colonel juge que les singes n'ont plus leur place dans ce monde. Amiah Miller, qui joue la petite Nova, est une réelle découverte; touchante, elle symbolise l'espoir qu'une cohabitation est possible entre singes et hommes. 

 

Outre l'aspect froid et sombre de la guerre, le film possède des tonalités plus douces, ce qui se voit aussi bien dans la photographie du film que dans les actions. Lorsque les personnages vivent des moments calmes, ce sont des couleurs plus chaudes et plus vives qui envahissent l'écran tandis que les couleurs sont ternes lorsque les affrontements éclatent. Dans les actions, la douceur passe aussi par l'humour qui est dosé à bon escient et qui est notamment présent avec le personnage joué par Steve Zahn, Bad Ape (Méchant Singe). Les scènes avec Bad Ape sont très bonnes et permettent de souffler entre deux moments de tension. 

 

Mais du rire on passe aux larmes et ce à plusieurs reprises car La Planète des Singes : Suprématie est un film très émouvant, plus que ces prédécesseurs, et ne nous laisse pas indifférents. Rares sont les films qui peuvent se vanter d'y parvenir, surtout lorsqu'il s'agit d'une saga. La bande originale vient sublimer le film, le rendant encore plus intense et elle donne des frissons.

 

Il est rare de souligner la qualité de la 3D dans un film qui se résume parfois à quelques plans brefs et sans réel intérêt. Ici, elle fonctionne à merveille, on se retrouve totalement immergé dans cet univers, on a la sensation de marcher aux côtés des soldats dans la jungle au début du film et de sentir les flocons de neige ou la pluie tomber sur nous lors des scènes au campement du Colonel.

 

Avec un film aussi puissant, aussi poignant et aussi bien réalisé que La Planète des Singes: Suprématie, Matt Reeves nous prouve que le blockbuster ne signifie pas une absence de réflexion psychologique ni l'absence d'intimité. Suprématie marque la fin d'un cycle et un nouveau commencement, la fin et le début d'un parcours initiatique et d'un parcours de foi aussi.              Vive César !