Le Dernier Voyage
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Premier long métrage de Romain Quirot, Le Dernier Voyage est une proposition de cinéma qui sort de l'ordinaire et qui confirme une nouvelle fois qu'il est possible de faire de bons films de genre en France. 

Dans un futur proche, une mystérieuse lune rouge est exploitée à outrance pour son énergie. Alors qu’elle change brusquement de trajectoire et fonce droit sur la Terre, Paul W.R, le seul astronaute capable de la détruire, refuse d’accomplir cette mission et disparaît. Traqué sans relâche, Paul croise la route d’Elma, une adolescente au tempérament explosif qui va l'accompagner dans sa fuite.

Le Dernier Voyage est un film réussi par bien des aspects, dont le principal est sa magnifique photographie. Il y a un travail soigné au niveau de la colorimétrie, avec des nuances au niveau des tons ainsi qu'un contraste bien mis en scène avec également l'usage du noir et blanc. Les effets visuels s'incluent d'ailleurs très bien aux images réelles et l'univers apparaît alors d'autant plus réaliste et on y croit. 

Par ailleurs, la plupart des scènes fonctionnent très bien. Il y a toujours une certaine tension qui est présente et qui s'intensifie parfois petit à petit pour éveiller lentement mais sûrement les sens et émotions du spectateurs. Même si cela est omniprésent tout au long du film, cela se retrouve tout particulièrement dans la scène où Paul court sur la plage ainsi que lors de la course-poursuite dans le désert avec la tempête. 

 

La sympathique bande originale composée par Etienne Forget ainsi que les autres musiques présentes dans le film jouent bien évidemment un rôle dans cette perception de l'histoire en accentuant le ressenti pour que les scènes impactent fortement le spectateur.

 

Si la caméra à l'épaule contribue à l'immersion et amène le spectateur à être aux côtés des personnages voire d'adopter le point de vue de Paul, elle est néanmoins parfois en trop et, paradoxalement, empêche le spectateur d'entrer dans l'action tant elle est peu agréable visuellement. 


Outre ce petit défaut, la mise en scène est globalement réussie et s'accompagne d'une bonne direction d'acteur avec, il faut le dire, un casting qui sort lui aussi de l'ordinaire. Romain Quirot a choisi Hugo Becker pour incarner Paul W.R. car il souhaitait un visage encore peu connu mais qui soit capable de représenter le nouveau cinéma français. Au vu du résultat, cette décision est plus que convaincante, d'autant plus que le duo que forme Hugo Becker avec Lya Oussadit-Lessert, qui joue la jeune Elma, est tout simplement parfait. Paul Hamy incarne quant à lui un méchant qui a du charisme et qui est stylé, en parvenant à faire de son personnage un être à la fois fascinant et effrayant. La présence de Jean Reno est appréciable, d'autant plus que le rôle lui va très bien.

L'univers du Dernier Voyage est intéressant et bien constitué, avec des références assez explicites à de grandes œuvres de la science-fiction et de la pop culture mais le problème est que ce qui est proposé est trop peu fourni pour satisfaire pleinement le spectateur.

On se retrouve à être comme le personnage d'Elma, à vouloir poser plein de questions tant certains points ne sont pas suffisamment développés dans le film et peuvent parfois faire sortir de la fiction. Sans trop en dévoiler, on se demande notamment comment la population parvient à survivre, pourquoi le futur proche regorge de reliques du passé - enfin, des années 1980-1990 en omettant tout l'après 2000 - et, surtout, quid de la place de l'eau et qu'est-ce que cela implique dans ce monde postapocalyptique. 

En plus de rester assez mystérieuse, l'histoire possède quelques coups de mou avec une insistance sur certains aspects et, pour le coup, une envie de bien expliquer qui finit par être un peu lourde. Néanmoins, la narration est solide dans son ensemble et amène des réflexions intéressantes que ce soit au niveau de l'écologie par exemple ou à un niveau si l'on peut dire plus philosophique.

 

En effet, le personnage de Paul W.R. permet de réfléchir sur l'idée du destin et des actes que doivent accomplir les individus. Ces deux niveaux, écologique et philosophique, finissent par se rejoindre étant donné que la question majeure du film est de savoir s'il faut ou non sauver l'humanité, une humanité qui veut tout contrôler, y compris ce qui le dépasse, au risque de se mettre en danger.

Avec son court-métrage Le dernier voyage de l'énigmatique Paul W.R., Romain Quirot posait les bases d'un univers attrayant et original que le long-métrage permet de mieux explorer même s'il mériterait d'être un peu plus développé. Malgré cette frustration d'en voir si peu, Le Dernier Voyage offre une expérience de cinéma remarquable et très prometteur pour la suite, autant pour son réalisateur, ses acteurs, que pour l'avenir du cinéma de genre en France.

 

Alors si vous cherchez un film de science-fiction original, mêlant habilement des ingrédients du cinéma de blockbusters et du cinéma plutôt d'auteur, boostée par une bande son sympathique et proposant son lot de sensations, Le Dernier Voyage de Romain Quirot est fait pour vous.