Les bonnes manières

Présenté en compétition au festival International du Film Fantastique de Gérardmer, Les bonnes manières de Marco Dutra et Juliana Rojas a su conquérir le cœur du grand jury et du jury de la critique avec pour témoins un prix du jury et un prix de la critique. Néanmoins, si ce film revisite à merveille un mythe très connu, il n’en reste pas moins qu’il a de quoi décevoir.

Clara, une infirmière, est embauchée par Ana, une femme enceinte pour l’aider pendant sa grossesse et, à la naissance de l’enfant, s’occuper de celui-ci en tant que nounou. Les deux femmes se lient d’amitié mais la naissance de l’enfant va tout faire voler en éclats.

Les bonnes manières aurait pu être un très bon film. Malheureusement, il n’en a pas été ainsi. L’histoire est originale, le mythe du loup-garou remit au goût du jour est une très bonne idée et un passage du film entièrement en dessin animé visuellement réussi nous intrigue. Toutefois, le film ne va pas au bout de ses idées et on a un récit à la fois long et parsemé d’incohérences.

En effet, certains passages, notamment les passages chantés sont trop longs et sur la fin de ces séquences, on commence à décrocher. Pour éviter  ces longueurs, il aurait peut-être été intéressant de s’intéresser plus au père de l’enfant, qu’est-il devenu ? Pourquoi ne cherche-t-il pas son enfant vu qu’ils ont les mêmes capacités ? Autant de questions irrésolues qui, sur 2h15, aurait pu avoir une réponse, ne serait-ce qu’avec une brève scène.

Par ailleurs, et c’est là le défaut majeur du film, il y a des incohérences qui, même si on est dans un film fantastique, ne passent pas. Une femme qui n’est pas enceinte allaite un bébé, très bien, il faudrait expliquer comment cela est possible ; des gens s’acharnent sur une porte pour l’ouvrir alors que la poignée est de leur côté…Certes, ces incohérences sont peu nombreuses mais elle empêche le spectateur de s’immerger dans l’histoire, tout comme la naissance de l’enfant risible.

Il y a également des choses prévisibles si on est attentif à la mise en scène, on sait ce qu’il va arriver à certains personnages et c’est dommage car on aurait voulu être surpris. Néanmoins, certaines séquences sont de bons moments, comme la nuit où Clara remarque qu’Ana se lève la nuit et a un air étrange ou lorsque Ana va dans la rue et rencontre un chat. L’angoisse monte dans ces scènes et le rythme assez lent permet d’installer une certaine ambiance.

En ce qui concerne le loup-garou (Joel) Miguel Lobo le joue assez bien et parvient à montrer la dualité de la créature. Cependant, même si ce n’est sans doute pas un film à gros budget, les effets spéciaux pour le loup-garou sont moyennes et il aurait peut-être été plus judicieux de garder la créature dans l’ombre et de jouer avec ses déplacements, ce qui est fait seulement une fois et encore, on voit la voit pendant la séquence.

Toutefois, la relation entre Clara et Joel est attachante et le plan final est magnifique, ces deux mains qui s’enlacent, l’amour d’une mère adoptive pour l’enfant de son amie qui est montré à ce moment est magique, une clôture de conte qui peut susciter une certaine déception aussi car on aimerait savoir ce qui arrive après.

Juliana Rojas et Marco Dutra étaient partis pour offrir un très beau conte avec Les bonnes manières mais le traitement de l’histoire fait qu’au-delà des personnages attachants et de quelques bonnes idées, on ne retient que ce qui est le moins bien.