Les Traducteurs

14/02/2020

Pour son deuxième long-métrage, Régis Roinsard (Populaire) change complètement de registre en s'attaquant au film à énigmes avec Les Traducteurs, un thriller prenant qui réserve quelques surprises sans toutefois être exceptionnel.

Neuf traducteurs de différents nationalités sont réunis dans un bunker, complètement isolés du monde extérieur, pour travailler sur le traduction du dernier tome d'une série littéraire à succès afin d'assurer une sortie mondiale simultanée. Lorsqu'un hacker fait fuiter les dix premières pages sur Internet et menace de dévoiler la suite, la tension monte et l'éditeur, Eric Angstrom, n'a plus qu'une idée en tête : démasquer le coupable, quel qu'en soit le prix

L'intérêt principal de ce film est son scénario, qui s'avère être une énigme à résoudre à la fois pour les personnages que pour le spectateur. Celui-ci se prête au jeu et, bien qu'il possède bien évidemment plus d'indices, cela ne l'empêche pas de douter.

 

L'ingéniosité de Romain Compingt, Daniel Presley et Régis Roinsard, qui ont travaillé tous les trois sur le scénario, est d'amener avec chaque révélation un élément qui permet de relancer l'intrigue, permettant ainsi au film de susciter l'intérêt jusqu'à la fin. Si certains passages et retournements de situation sont prévisibles, d'autres sont en revanche assez surprenants. 

Le film garde un rythme soutenu, avec quelques pauses brèves qui ne rompent pas avec la dynamique d'ensemble, notamment grâce à la bande originale signée Jun Miyake. Celle-ci accompagne d'ailleurs bien les scènes d'action, en contribuant à faire monter la tension. 

 

Tout cela compense une mise en scène et une photographie qui, quoi que bien réalisées, reprennent les codes du genre sans jamais chercher à aller plus loin ou à expérimenter pour rendre le film unique. 

 

L'autre force du film, en plus de son scénario, c'est son casting international composé de Riccardo Scamarcio (John Wick 2Silvio et les autres), Sidse Babett Knudsen (BorgenWestworld), Frédéric Chau (Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? ), Alex Lawther (The End of the F***ing World), Olga Kurylenko (Quantum of SolaceOblivion) Anna Maria Strum (Police 110), Maria Leite (Mulheres), Eduardo Noriega (Le dernier rempart), Manolis Mavromatakis (Tamam) et Sara Giraudeau (Le Bureau des Légendes), une bande au cœur de laquelle on perçoit une certaine cohésion.

 

Toutefois, la durée du film empêche le potentiel de chaque personnage d'être correctement traité, donnant une sensation d'inachevé et laissant le spectateurs avec des questions qui auraient mérité de plus amples explications.  

 

N'oublions pas Lambert Wilson, certes caricatural dans le rôle de l'éditeur avide de profit, mais qui se révèle être un méchant qu'on prend plaisir à détester. D'ailleurs, si l'histoire semble un tantinet exagérée avec cet éditeur tyrannique prêt à tout pour protéger le précieux manuscrit du roman à traduire, elle n'en reste pas moins un portrait d'un certain pan du monde éditorial voire de la culture qui ne voit que le profit et oublie l'aspect humain. 

Même s'il n'est pas parfait, Les Traducteurs n'en reste pas moins un film très sympathique ainsi qu'une preuve que le cinéma français trouve des manières de se réinventer en proposant des films de genres variés et originaux.