Light Of My Life

10/08/2020

L’acteur Casey Affleck (Manchester by the Sea, A Ghost Story) prend une nouvelle fois la casquette de réalisateur. Après son faux documentaire I’m Still Here, il s’attaque pleinement à la fiction avec Light Of My Life, une dystopie bien menée à la croisée entre Les Fils de l’homme et La Route qui laisse néanmoins le spectateur sur sa faim.

Dans un futur proche où la population féminine a été éradiquée, un père tâche de protéger Rag, sa fille unique, miraculeusement épargnée. Dans ce monde brutal dominé par les instincts primaires, la survie passe par une stricte discipline, faite de fuite permanente et de subterfuges. Mais il le sait, son plus grand défi est ailleurs : alors que tout s’effondre, comment maintenir l’illusion d’un quotidien insouciant et préserver la complicité fusionnelle avec sa fille ?

En voyant Light Of My Life, on ne peut nier le très bon travail de Casey Affleck en tant que réalisateur. En effet, celui-ci propose des plans composés avec soin et joue à plusieurs reprises sur les contrastes. Même s’ils restent relativement simplistes avec des couleurs chaudes et vives principalement utilisées lors des flash-backs de la vie avant ce qui est appelé la peste des femmes, et des couleurs ternes, froides dans le monde d’après où seule la chaleur vient de la tente dans laquelle habitent Rag et son père.

Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’ici, la maison, lieu sécurisant par excellence et fréquemment détourné de cet usage dans le genre fantastique ou horrifique, devient l’endroit à éviter. Rag et son père sont obligés de retourner dans la nature, de revenir à un mode de vie antérieur pour ne pas avoir à affronter la sauvagerie urbaine, l’homme étant désormais l’animal le plus dangereux dans ce monde quasi post-apocalyptique.

Par ailleurs, si le jeu de Casey Affleck est bon, celui de la jeune Anna Pniowsky est remarquable. Elle tient bien le rôle de Rag, cette jeune fille pour laquelle son père se bat et à laquelle il tente d’apporter un peu de joie dans un univers sombre. Cela commence dès la première scène du film, d’une dizaine de minutes, où le père raconte une histoire à Rag et si au début elle est réticente à l’idée de suivre l’histoire, elle finit par y être complètement absorbée.

Ceci n’est pas sans faire écho au fait que Rag, sur le point de devenir une adolescente, cherche à s’émanciper peu à peu de la tutelle parentale mais finit toujours par se rendre compte que son père est essentiel et qu’il cherche seulement à la protéger.

Cette alchimie entre Anna Pniowsky et Casey Affleck permet à l’histoire de fonctionner et donne à leurs personnages une certaine crédibilité. Les spectateurs peuvent d’ailleurs se reconnaître dans ce duo, créant ainsi une certaine proximité avec les personnages, notamment dans les passages intimistes avec plusieurs plans rapprochés sur les personnages.

Daniel Hart, compositeur qui a notamment collaboré avec David Lowery sur ces longs-métrages dont The Old Man & the Gun et A Ghost Story dans lesquels joue Casey Affleck, livre ici une partition toute en retenue, à la fois légère et sombre qui contribue à créer cette atmosphère étrange qui pèse sur l’univers dans lequel vivent Rag et son père.

La musique permet d’ailleurs de faire monter la tension dans certaines scènes sans que cela passe par de grands effets sonores ou visuels. Les quelques rares scènes d’action possèdent d’ailleurs quelques tonalités musicales avant l’action à proprement-dite tandis que lors des affrontements, le silence se fait, rendant les passages plus pesants.

Toutefois, le film se clôt certes sur une dernière scène touchante et ce regard de Rag vers l’avenir mais on en vient à se demander : Tout ça pour ça ? Le scénario, en se concentrant sur l’histoire de Rag et son père met de côté la question de la catastrophe qui a coûté la vie à la majeure partie de la population féminine et d’une « divine aventure » pour reprendre l’expression des personnages qui se ferme de manière prématurée avant son troisième acte.

Ainsi, si Light Of My Life est un film réussi visuellement et grâce à son casting, cela ne permet pas de faire abstraction de la longueur de certains passages et d’une sensation d’inachevé dans les derniers instants.