Mandy
Festival International du Film Fantastique de Gérardmer 2019 - 05/02/2019

Présenté dans de nombreux festivals, Mandy a fait un petit tour du côté de Gérardmer avant sa sortie en vidéo. Très mystérieux, ce deuxième film de Panos Cosmatos, se révèle être un trip envoûtant mais qui souffre de longueurs et d'une histoire un peu absurde. 

Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible et empreinte d'amour. Quand leur refuge est sauvagement détruit par les membres d'une secte dirigée par le sadique Jérémiah Sand, Red est catapulté dans un voyage fantasmagorique marqué par la vengeance, le sang et le feu...

Si Nicolas Cage n'est plus sous le feu des projecteurs hollywoodiens, cela lui donne l'occasion de s'illustrer (ou non) dans des films plus variés et, surtout, plus étranges et dérangés. Ici, même si ce n'est pas son rôle le plus marquant, il a tout de même un rôle qui ne s'oublie pas facilement à cause de ses répliques décalées, son "It was my favorite shirt" ["C'était mon t-shirt préféré"] va rester, ou dans ses actions, avec notamment ce regard caméra vers la fin du film, inoubliable. On apprécie ce personnage et on adhère à son côté barré. 

C'est d'ailleurs cet aspect qui est présent tout au long du film, avec un univers dont on ne sait jamais vraiment s'il est réel ou imaginaire et ça donne des moment absurdes tels que ce combat de tronçonneuse qui prouve que ce n'est pas la taille qui compte ou le hangar avec un tigre en cage. Hormis ces passages, il y a des passages plutôt réussis notamment les combats contre les bikers démoniaques, les scènes avec Jérémiah en plein dans son rôle de fanatique ou les plans en extérieurs.

Ces scènes ont un intérêt grâce aux actions des personnages bien entendus mais surtout par rapport aux choix esthétiques et de mise en scène. Visuellement, ce film est très beau et en est même onirique au début du film, lorsque tout va pour le mieux pour le couple Red et Mandy avant de basculer dans un monde sombre où la violence et la mort, symbolisées par la couleur rouge omniprésente, parfois accentuée avec un effet de filtre, envahissent peu à peu l'écran.

Cela passe aussi par le climax qui, à l'instar de la scène de l'enlèvement, est montré avec des sortes de flashs, les personnages étant tantôt baignés de lumière, tantôt dans le noir le plus complet. Au début le rythme est plus rapide, avec une image qui rappelle la manière de montrer, ou plutôt de ne pas montrer, le monstre dans le cinéma d'horreur, on ne perçoit que des fragments, alors que pendant le climax, le rythme est plus lent, il y a moins de précipitation. Mais ça n'ôte pas la tension qui, au contraire, peu augmenter un peu. 

De plus, la bande originale composée par le regretté Jóhann Jóhannsson contribue à l'ambiance et est tout simplement sublime, puissante et intense. C'est d'ailleurs dommage qu'elle n'ait pas pu concourir à la course aux Oscars car elle y avait toute sa place.

D'autre part, le montage n'est pas en reste avec des raccords ingénieux comme en témoigne la scène du discours de Jérémiah à Mandy. Composé de deux plans fixes avec les personnages regardant droit dans la caméra, Panos Cosmatos monte d'une façon toute particulière le champ / contre-champ de ce dialogue a une voix, passant du visage de Jérémiah à celui de Mandy par le biais d'un fondu très lent, ce qui est à la fois déroutant et fascinant. 

Il est vrai que le film est marqué par la lenteur, certains plans s'étirent trop et ça manque un peu de rythme, sans doute faut-il avoir pris une bonne dose de drogue avant de le regarder pour pleinement l'apprécier. Mandy est un film qui se contemple et qui se rapproche d'une certaine manière du cinéma d'auteur.

Panos Cosmatos livre ici un long-métrage esthétiquement très réussi et même si l'étrangeté est parfois trop présente, l'ensemble est prenant. Autant dire qu'on est impatient de découvrir le prochain film du réalisateur qui devrait être l'adaptation de The Colour out of Space [La Couleur tombée du ciel] de H.P.Lovecraft.