Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar

Six ans après La Fontaine de Jouvence, le capitaine Jack Sparrow est de retour dans une nouvelle aventure mais faut-il faire voile avec lui ? 

 

Pourchassé par le capitaine Armando Salazar, l'une de ces anciennes connaissances, le capitaine Jack Sparrow se lance à la recherche du Trident de Poséidon qui est le seul à pouvoir l'aider à affronter son ennemi. La route de Jack va croiser celle de Henry, Carina et Barbossa, qui cherchent eux aussi à mettre la main sur le Trident. Mais Salazar les suit de près et espère bien mettre la main sur le trident pour enfin réussir sa mission : éliminer tous les pirates et surtout Jack.

 

Ce film qui est considéré comme un retour aux sources, à l'ambiance similaire à La Malédiction du Black Pearl, ne l'est pas vraiment. En effet, le premier volet donnait du spectacle, de la bonne vieille piraterie avec des batailles navales et des combats à terre dont un bel affrontement final avec le méchant et, malgré l'humour, un ton sombre. Dans La vengeance de Salazar, titre qui n'a d'ailleurs pas d'intérêt comparé à l'original, Dead Men Tell no Tales [Les morts ne racontent pas d'histoires], plus évocateur, il y a de l'humour et un côté enfantin qui donne au film une dimension familiale et manque de noirceur. L'humour exagéré et le grand guignolesque de certaines scènes raviront les jeunes mousses mais les vieux loups de mer seront déçus du manque de sérieux. Le fait que tout soit prévisible ne permet pas de savourer le film a sa juste valeur, dommage.

 

Les retours de certains personnages sont les bienvenus et donnent un côté nostalgique : revoir Elizabeth et Will est plaisant même si cela dure peu de temps, Mullroy et Murtogg (les deux tuniques rouges des premiers films qui rejoignent Barbossa à la fin du troisième film) sont de retour eux aussi mais on se demande pourquoi eux et pas Pintel et Ragetti. C'est aussi là l'inconvénient des retours, c'est qu'on ne comprend pas pourquoi certains personnages reviennent et d'autres pas, on se pose beaucoup de questions quant à ce qu'il s'est passé. 

 

Il y a aussi des incohérences, notamment par rapport au compas de Jack qui a une histoire totalement différente de celle donnée dans Le secret du coffre maudit. Par ailleurs, le film n'est pas avare en question sans réponses. La durée relativement courte du film laisse des points d'interrogation et on se demande pourquoi certains personnages n'agissent pas, pourquoi ils ne font pas ceci ou cela. Une extension de la durée aurait permis aux nouveaux éléments mis en place d'être approfondis et de donner au film ce qui lui manque : un affrontement entre Jack et Salazar en bonne et due forme.

 

Ce manque peut s'expliquer avec le fait que le personnage de Jack Sparrow soit un peu en retrait, ce n'est plus le pirate de la trilogie de Verbinski qui était prêt au combat tout en lâchant une ou deux vannes bienvenues mais un pirate ivrogne qui est totalement dépassé par ce qu'il vit. Le début de la chute de Sparrow, dont le souhait d'être le dernier pirate sur les océans risque d'arriver mais avec un grand risque de se faire attraper et tuer par ses ennemis (ce qui fait écho à ce que Barbossa lui dit dans le troisième volet). Ceci est intéressant et permettrait de mener, dans le cas d'un sixième film, vers la fin du cycle Jack Sparrow. 

 

Le duo qui fonctionne vraiment bien est celui de Salazar et Barbossa, interprétés respectivement par Javier Bardem et Geoffrey Rush. Les scènes les plus intenses sont celles où ces deux personnages sont présents, leurs prestations sont très bonnes et riches en émotions. Le duo Henry et Carina ressemble au duo Will et Elizabeth mais il donne un vent de fraîcheur bien qu'il ne soit pas original. 

 

Au niveau des effets spéciaux, ils sont visibles non pas sur le design des personnages, notamment les pirates fantômes accompagnés de leurs charmants requins de compagnie, mais plus sur les décors et ça gâche un peu le film. Autre déception, la musique, qui, à défaut d'être originale, reprend des thèmes des précédents volets pour les caler sur les actions et donner ainsi un bon rythme au film (on reconnait les thèmes He's a pirate, Barbossa is Hungry et One Last Shot entre autres). Il y a un morceau original mais il ne marque pas les esprits, contrairement aux quatre autres volets qui ont tous un morceau spécifique qui reste dans notre esprit (He's a Pirate et Barbossa is Hungry pour le premier, le thème du Kraken dans le 2, What Shall We Die For pour le 3 et le thème de Barbe-Noire pour le 4).

 

Il y a un très bon travail au niveau du son : les grincements des navires sont très bien rendus, surtout lorsque le Silent Mary se dresse mais aussi lorsque les navires émergent de l'eau. A la barre du navire qu'est le film, le duo Joachim Rønning et Espen Sandberg livre une  réalisation réussie. Certains plans sont vraiment magnifiques, le plan aérien en plongée totale sur l'île du Trident est à couper le souffle, les plans des navires en mer sont superbes et en mettent plein les yeux. La maîtrise de la réalisation se voit aussi dans les scènes d'actions, qui sont très bien cadrées et très dynamiques. 

 

Enfin, la scène post-générique. Il faut rester jusqu'au bout car il s'agit d'une des meilleures scènes du film voire même la meilleure et les fans vont être ravis. Pour ceux qui découvrent la saga avec ce film, cette scène les laissera dubitatifs. Attention spoiler, voici un petit indice : Bill.

 

La vengeance de Salazar est un film familial qui plaira aux enfants mais qui donnera un goût d'inachevé, de manque aux marins qui ont déjà navigué sur les eaux de cette saga.  L'émotion est au rendez-vous, il est même possible de verser une larme. Un sixième film serait idéal mais avec un scénario plus poussé et un vrai retour aux sources avec un ton sombre, des affrontements de pirates et un Jack Sparrow qui a repris du poil de la bête.