Ready Player One

Le maître de Hollywood revient dans les salles obscures deux mois seulement après son précédent film. Spielberg nous plonge cette fois-ci dans une aventure futuriste dingue avec Ready Player One, adaptation du roman Player One d'Ernest Cline. A noter toutefois que malgré ses qualités indéniables, ce n'est probablement pas le meilleur film de Spielberg, ni le meilleur film de l'année.

2045, Wade Watts, jeune homme habitant à Colombus dans ce qu'on appelle des "piles", des caravanes entassées les unes sur les autres, passe comme tout le monde la plupart de son temps dans l'OASIS, un univers virtuel qui s'apparente à un énorme jeu vidéo. Lorsque James Halliday, le fondateur de l'OASIS, meurt, une chasse commence : Halliday a caché un Easter Egg (Oeuf de Pâques) dans l'OASIS et celui qui mettra la main dessus remportera 500 milliards de dollars et le contrôle total de l'OASIS. Mais la société IOI dirigée par Nolan Sorrento compte bien mettre la main sur l'Œuf et s'emparer de l'OASIS pour assurer son pouvoir et faire un maximum de profits.

Ready Player One est un film survitaminé qui nous scotche à notre siège. Il est impossible de ne pas être impressionné par la réalisation de cette séquence du premier défi avec une course effrénée filmée avec tant de dynamisme qu'on pourrait presque sentir l'air nous fouetter le visage. Mais ce n'est pas tout, Spielberg a aussi l'art de faire monter la tension en un seul plan, avec une mise en scène parfaite et nous avons donc l'impression d'être au côté du personnage et de devoir, comme lui (enfin, elle en l'occurrence), nous cacher, nous enfonçant alors profondément dans notre siège.

Spielberg n'est pas le plus grand réalisateur pour rien. Il manie les références à la perfection et a réussi à faire un film qui plaira aussi bien aux néophytes qu'aux geeks ultimes. Bien sûr, il est préférable d'avoir quelques connaissances de la culture "geek" pour saisir toutes les références et savourer encore plus le film mais aussi une connaissance cinématographique et musicale. On est émerveillé devant la galerie de personnages et des œuvres proposées, passant du rire à la peur en une fraction de seconde. En effet, une séquence particulièrement réussie nous offre quelques frissons et c'est l'une des meilleures idées dans le cas de cette adaptation, cette séquence ne se trouvant pas dans le roman de Cline.

L'énergie du film se trouve aussi dans les personnages principaux, que ce soit les membres du top 5, l'antagoniste Nolan Sorrento ou encore James Halliday. Tye Sheridan, étoile montante de Hollywood, mène le film dans le rôle de Wade/Parzival accompagné d'Olivia Cook (Art3mis/Samantha), Lena Waithe (Aech/Helen) deux personnages féminins forts ainsi que Win Morisaki (Tashiro/Daito) et Philip Zhao (Sho/Xo), le top 5 le plus cool qui existe et qui montre une nouvelle fois que l'union fait la force. Ben Mendelsohn est parfait dans le rôle de Nolan Sorrento, trouvant le parfait équilibre entre l'impression de puissance qu'il donne et la faiblesse qui l'habite car au fond, il ne sait rien du monde, il ne pense qu'en termes de chiffres et oublie l'humain jusqu'à ce moment de prise de conscience (?) à la fin.

Pour le rôle du créateur de l'OASIS, Spielberg a fait appel à un acteur très présent dans sa filmographie ces derniers temps : Mark Rylance qui, même si on le voit peu, nous marque avec ce personnage timide, attachant, biberonné à la culture geek et voulant donner à tout le monde la possibilité de vivre un rêve. Une sorte de double de Spielberg en quelque sorte au sens où il veut donner aux gens une manière de s'évader pour un temps dans l'émerveillement.

Mais au-delà de ça, on peut remarquer une certaine vision critique de la société de plus en plus connectée et axée sur la réalité virtuelle. La séquence d'ouverture le montre clairement, avec chaque personne dans son monde, une paire de lunettes de réalité virtuelle vissée sur le nez et un effet d'ouverture à la réalité restreint avec un surcadrage qui enferme encore plus les personnages dans leur monde. Par ailleurs, comme dit plus haut, seule l'union fait la force et on peut percevoir une critique de la volonté de chacun d'avoir le pouvoir pour lui tout seul, chacun ne se préoccupe que de soi et prête que peu d'attention aux autres, tout ce qui compte, c'est d'être le meilleur. Les employés d'IOI en sont l'exemple, ce ne sont que des nombres, il y a une perte d'identité en nous perdant dans l'illusion qu'est ce monde virtuel. Le personnage principal va à l'inverse de cela et lance justement le mouvement, un mouvement d'émancipation vis-à-vis du virtuel qui peut certes créer de nouveaux liens mais nous éloigne aussi de l'essentiel, de l'aspect social.

Avec Ready Player One, Spielberg offre un vibrant hommage à la culture populaire ainsi qu'à des œuvres plus classiques, notamment un film que tout cinéphile reconnaîtra. Un divertissement pour tous qui est une claque visuelle ainsi qu'une réflexion sur l'identité, le rapport aux autres ainsi que le rapport entre illusion et réalité. Un travail d'orfèvre à ne manquer sous aucun prétexte.