Revenge

Gros coup de cœur à Gérardmer pour le film Revenge de Coralie Fargeat. Un pur film de genre qui prouve une nouvelle fois qu'en France il y a du talent en dehors des drames et des comédies. 

Richard, Stan et Dimitri, trois trentenaires chefs d'entreprises, s'adonnent chaque année à une partie de chasse. Une année, Richard vient avec sa maîtresse, Jennifer qui attise aussi les désirs de Stan et Dimitri. Les choses dérapent et une véritable chasse à l'homme commence lorsque Jennifer, laissée pour morte, reprend vie et n'a plus qu'une idée en tête : se venger. 

Un concentré d'action, de sueur et de sang, c'est ce que nous réserve Revenge, course poursuite endiablée entre une femme revenue d'entre les morts et trois chasseurs peu habitué à être ceux qui sont chassés. Le montage alterné qui constitue la majeur partie rend bien cet aspect de chasse / course-poursuite, notamment lors des séquences où les trois hommes se rapprochent le plus de Jennifer où la tension monte aussi d'un cran. Celle-ci atteint son comble lors de la séquence finale avec une alternance entre les plans de plus en plus rapide et une musique qui arrive à son apogée. Coralie Fargeat n'hésite pas non plus à jouer avec nos nerfs avec peu ou pas d'alternance, notamment avec un plan-séquence maîtrisé  à la fin. Revenge est très bien rythmé qui ne laisse que quelques secondes au spectateur pour souffler entre les séquences et qui nous entraîne dans des scènes d'action palpitantes.

A noter aussi un travail de qualité sur l'ambiance sonore, avec des petits bruits qui dérangent (blessures qui s'étirent, sang qui goûte, craquement des os) et qui contribue à nous plonger dans l'horreur et la peur. Mais comme dans d'autres films de genre, un aspect plus léger est présent dans le film, amené principalement par le personnage de Stan. Ceci permet de souffler un peu ou d'apprécier encore plus certaines scènes sanglantes. 

Le film possède par ailleurs une très belle esthétique, que ce soit avec le jeu sur les vitres colorés dans la maison ou avec toutes les scènes où le sang coule à flot (on retiendra là encore la magnifique séquence finale). La façon de montrer le sang est bien trouvée, avec les gros plans au début du film par exemple et les gouttes de sang qui paraissent énormes. La plongée dans le gore se fait de manière "naturelle" et il est bien dosé, ce n'est pas un film où le sang coule à flot de manière ridicule mais tout semble bel et bien réaliste. 

Cet aspect est néanmoins contredit par une incohérence au milieu du film. Certes, au niveau esthétique, cela donne un style au personnage féminin et la rend encore plus bad-ass mais l'absence de logique décrédibilise le tout. Un autre aspect un peu dérangeant, la répétition du rêve, à peu près au même moment que la scène où il y a l'incohérence majeure : la répétition dure et à quelques secondes près on décrochait du film. Deux petits soucis qui n'entachent cependant pas complètement le film. 

Au niveau du casting, on peut souligne la prestation de Matilda Lutz. Elle est très bien dans le rôle de cette héroïne qui montre à la fois qu'elle est féminine mais qu'elle a aussi du caractère et qu'elle peut devenir un véritable danger lorsqu'elle veut se venger. Un personnage qui subit une descente aux enfers dans la séquence de la grotte, avec une musique qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle de l'apparition du Commandeur dans l'opéra Don Giovanni et qui revient en force de ce voyage pour se venger. Un personnage féminin fort comme on aimerait en voir plus souvent. 

Brutal et sans répit, voila un film de genre qui fait du bien dans le paysage cinématographique français. Revenge est l'une des pépites de l'année et un excellent début pour sa réalisatrice Coralie Fargeat.