Sound of Metal 

18/01/2021

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Scénariste de The Place Beyond the Pines et réalisateur du documentaire Loot, Darius Marder enfile les casquettes de réalisateur et scénariste pour Sound of Metal, son premier long-métrage de fiction qui propose au spectateur une incroyable plongée dans l'univers de la communauté sourde.

Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu'il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Dès sa scène d'introduction qui présente les protagonistes lors d'un concert, Sound of Metal  s'impose comme une expérience unique et un film puissant. Le spectateur est immergé en quelques secondes et ne peut détacher son regard de l'écran avant le générique. 

Les prestations des acteurs y sont pour beaucoup, notamment celles du duo principal. Riz Ahmed, récompensé d'un Emmy Awards pour son rôle dans la série The Night of et que l'on a également pu voir dans Star Wars : Rogue One livre une interprétation remarquable de ce batteur qui devient soudainement sourd, en laissant paraître ses émotions et en donnant à voir la douleur ressentie par Ruben lorsqu'il se rend compte que sa situation risque de le priver de tout ce qui lui est cher. 

Olivia Cooke, que l'on a pu voir récemment dans Ready Player OneBates Motel ou encore Katie Says Goodbye, est tout aussi remarquable dans le rôle de Lou, hantée par son passée et tout aussi en souffrance que Ruben. 

Ce duo fonctionne à merveille. On ressent une véritable connexion entre les deux personnages qui se soutiennent mutuellement et pour lesquels la surdité soudaine de Ruben apparaît comme une mise à l'épreuve de leur amour. Leurs émotions transparaissent à l'écran et touchent le spectateur. 

Tout le travail effectué par Darius Marder et son équipe au niveau de l'image et du son vient compléter le jeu et lui donne encore plus d'intensité, que ce soit en termes de réalisation avec des plans rapprochés qui isolent Ruben et le coupent du monde extérieur au fur et à mesure qu'il perd l'audition - cet isolement est d'ailleurs renforcé par une faible profondeur de champ - ou en termes de son, avec une volonté de placer le spectateur à la place de Ruben avec des gradations sonores et des effets de faux silences. 

Tout comme le personnage de Ruben, le spectateur se trouve désorienté par rapport à son quotidien et cela passe aussi par cette volonté du réalisateur de montrer sous un nouvel angle la communauté sourde.

 

La scène du diner est l'un des passages les plus réussis et si elle prend une forme un peu hybride dans la mesure où elle offre à la fois le point de vue d'une personne sourde et le point de vue d'une personne entendante, en l'occurrence le spectateur qui est donc, d'une certaine manière, intégré à la fiction, elle témoigne de ce décalage qui existe entre les sourds et malentendants et les entendants. 

Toutefois, Sound of Metal présente une évolution de Ruben qui va trouver dans la communauté une manière de surmonter sa surdité et une nouvelle manière de créer du lien avec à la fois le langage des signes mais également la musique.

 

Celle-ci est en effet omniprésente dans l'intrigue bien qu'il y ait peu de musique extradiégétique. Elle devient à la fois un outil de communication et communion comme le montrent la scène du toboggan, celle du piano ou encore la séance de "batterie" dirigée par Ruben. 

Le plan final marque les esprits, mettant en évidence à la fois l'acceptation et une forme de renaissance pour Ruben qui semble désormais avoir trouvé une voie pour parvenir à s'accomplir. 
 

Avec Sound of Metal, Darius Marder propose un film poignant qui démontre toute l'importance de la communication et de l'écoute envers autrui où Riz Ahmed livre une interprétation brillante. Un film qui donne envie de se (re)connecter avec le monde et les autres, d'autant plus en cette période troublée.