Teddy
Festival International du Film Fantastique de Gérardmer - 02/02/2021
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Créature du cinéma fantastique par excellence, le loup-garou est de retour sur le devant de la scène grâce à Teddy, deuxième long métrage de Ludovic et Zoran Boukherma après Willy 1er qu'ils avaient co-réalisé avec Marielle Gauthier et Hugo P. Thomas. Autant le dire tout de suite, Teddy est une pépite du genre. 

Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois. Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales…

Teddy est un film à la croisée de plusieurs genres, oscillant entre la comédie, le drame et l'horreur et c'est en partie cela qui fait son charme. Au lieu d'offrir aux spectateurs un pur film fantastique, les frères Boukherma prennent le temps de mettre en place leur univers et l'inscrivent dans une veine réaliste.

Leur réalisation, et en particulier tout le travail sur le cadrage et le surcadrage, donne au film un certain cachet, tout comme les différents plans dans la nature qui font honneur à la région. 

Il y a également tout un jeu sur le hors-champ et une grande place est accordée à la suggestion, permettant ainsi aux spectateurs de faire travailler leur imagination. Aussi, s'il y a quelques scènes d'horreur pure, les spectateurs qui s'attendent à une effusion risquent d'être déçus.

 

Qui plus est, il y a une certaine lenteur et une évolution progressive du personnage, ce qui permet de jouer avec les attentes des spectateurs. Aussi, ceux-ci finissent par douter de la présence réelle d'un loup-garou. 
 

En effet, bien que le film assume pleinement sa dimension horrifique notamment lors d'un climax réussi et délicieusement sanglant, bien qu'il soit un peu court et que la suggestion quant au monstre devient pesante, un côté métaphorique apparaît.

 

Le loup-garou devient une représentation de ce que peuvent devenir certains individus mis de côté et moqués, imprégnés par une rage de plus en plus difficile à contenir. La bête intérieure, le double maléfique qui sommeille en chaque être, se réveille alors exprimer sa fureur et se venger. 

Teddy, interprété par l'excellent Anthony Bajon, fait partie de ces individus. Il est rejeté par l'ensemble des villageois et, d'une certaine manière, lui-même ainsi que son oncle et sa tante sont perçus comme les "idiots du village". Le manque d'attention, d'estime ou encore de sérieux à leur égard touche d'autant plus le spectateur que ce sont des personnages authentiques et plus humains que les autres villageois. 

Le reste du casting est d'ailleurs lui aussi très bon, que ce soit du côté des acteurs professionnels avec Christine Gauthier qui incarne Rebecca ou Noémie Lvovsky dans le rôle d'une kiné un peu déjantée, ou chez les acteurs non-professionnels tels que Ludovic Torrent qui incarne Pépin, l'oncle de Teddy.

 

Ce personnage apporte d'ailleurs une touche humoristique, notamment du fait de son nom, Lebref, ainsi que dans certaines des remarques qu'il fait à Teddy. En effet, l'humour est omniprésent, en particulier grâce aux répliques par rapport à certaines actions.

 

Cet aspect se mêle parfaitement aux autres genres du film, notamment à l'horreur et cela n'est d'ailleurs pas inhabituel tant les deux genres peuvent parvenir à devenir complémentaires s'ils sont bien dosés. 

Enfin, la bande originale est entraînante et on apprécie d'autant plus les chansons qui sont présentes dans le film, notamment celles du groupe Frei.Wild, qui permet de réunir une nouvelle fois la musique hard rock avec le genre fantastique. 

Avec Teddy, Les frères Boukherma donne un nouveau souffle au mythe du loup-garou et prouvent, tout comme d'autres réalisateurs tels que Just Philippot avec La Nuée, que le cinéma de genre français a de beaux jours devant lui.