Tenet

Très attendu pour relancer l'économie cinématographique, Tenet, le nouveau film du réalisateur Christopher Nolan à qui l'on doit InceptionInterstellar ou encore la trilogie Batman, est enfin sorti sur les écrans français quelques jours avant la sortie américaine. Si le concept est accrocheur, le film dans son ensemble peine à convaincre totalement.

Le Protagoniste participe à une mission périlleuse et affronte une menace venue du futur dans le but d'éviter une Troisième Guerre mondiale 

Tenter de résumer Tenet est un exercice difficile, surtout si l'on veut éviter de divulguer des éléments-clés de l'intrigue même s'il pourrait y avoir un résumé encore plus simple qui prouve à quel point le film est fragile sur certains points scénaristiques.

 

Ce n'est pas tant la question de l'inversion temporelle qui pose problème, c'est d'ailleurs le seul élément qui parvient à maintenir le spectateur attentif tout au long des deux heures trente du film même si la fin amène une certaine confusion et nous fait nous poser quelques questions.

 

Non, ce sont plutôt les personnages, les protagonistes tout comme les antagonistes pour lesquels il n'y a rien de novateur dans le genre de l'espionnage. Tenet évite de justesse le basculement dans le cliché complet mais une scène avec l'antagoniste reste tout de même à la limite du risible, le jeu de Kenneth Branagh laissant à désirer, l'acteur peinant à être aussi convaincant que les antagonistes de sagas comme James Bond ou Mission : Impossible. Le duo John David Washington / Robert Pattinson fonctionne quant à lui plutôt bien et suffit pour dégager un peu d'émotion sur la fin. 

Si la narration est plutôt fluide dans chaque scène, certains raccords peuvent faire tiquer le spectateur mais cela permet aussi d'amorcer la question du temps, au cœur du film mais qui est également très chère à Nolan, par le biais du montage. Mais il est difficile pour Tenet de tenir le rythme. 

En effet, alors que le film démarre sur une séquence immersive à couper le souffle et il y a une certaine curiosité, des interrogations qui se forment petit à petit dans l'esprit du spectateur, dès lors que l'inversion temporelle est expliquée, certains passages deviennent moins surprenants et plutôt attendus, surtout au vu de certains plans bien insistants. La redondance qui survient dans la deuxième moitié du film lors de certaines séquences dues à la question de l'inversion temporelle sont bien amenées mais on se demande bien si un vrai plus va pouvoir être apporté par la suite.

Bien évidemment, Tenet possède des séquences sympathiques, visuellement réussies et qui ne peuvent être pleinement appréciées que sur un écran géant, comme en témoigne la course-poursuite en Estonie qui a tout pour devenir l'une des meilleurs séquences de poursuites de l'histoire du cinéma tant elle est maîtrisée. La séquence qui amorce le climax avec l'explosion d'un bâtiment qui déroute et subjugue le spectateur en même temps témoigne du talent de Nolan pour créer des passages qui restent présents dans l'esprit des spectateurs, et ce que l'on apprécie ou non les œuvres de ce réalisateur. 

Le film aurait d'ailleurs sans doute été plus appréciable si la bande originale composée par Ludwig Göransson n'avait pas été aussi assourdissante. Malgré un ou deux thèmes qui se laissent écouter, le reste est trop porté sur des sons sourds, brutes, qui ne sont pas sans rappeler les compositions de Hans Zimmer à certains moments, excepté le fait qu'il manque ici la passion et l'émotion qui animent les musiques de Zimmer. 

Tenet est en lui-même un bel objet cinématographique, plutôt réussi visuellement, avec des idées intéressantes en lien avec le concept d'inversion temporelle mais au-delà de ça, il n'y a rien d'exceptionnel, notamment pour les grandes lignes de l'histoire qui sont déjà vues et revues. Certes c'est fait à la sauce Nolan mais cela ne suffit pas à en faire un chef-d'oeuvre. 

29/08/2020